Afin que tout s'accomplisse

Quand on atteint l'année 1924 dans la vie de Rudolf Steiner, on s'arrête comme au seuil d'un mystère qui ne s'éclairera qu'à la longue. Elle commence par un coup direct qui lui est porté. Le 1er janvier 1923 le Gœtheanum flambait. Un an plus tard, jour pour jour, Steiner contracte brusquement une maladie que rien ne pourra vaincre, ni le formidable pouvoir qu'il a sur lui-même, ni les soins les plus éclairés. Certes, la perte du Gœtheanum avait déjà ébranlé sa force de vie. La distance avait grandi entre l'âme et le corps, mais rien de comparable avec le choc que Marie Steiner a comparé à un coup de poignard. C'était dans l'après-midi du Jour de l'An ; l'Assemblée venait de se terminer. Avant que les membres se séparent et reprennent le chemin du retour, ils s'étaient tous réunis pour un « rout » amical dans la Menuiserie. Tasses de thé et pâtisseries légères circulaient. On lui en offrit ; il but, avala une bouchée et fut soudain pris d'un malaise violent. Il se dit empoisonné, mais toute nourriture par la suite devait également lui faire l'effet d'un poison et rien n'a pu prouver l'empoisonnement. En tout cas, de ce jour tout aliment absorbé provoqua une souffrance et il se nourrit de moins en moins. Il est impossible de comprendre comment, dans ces conditions, il put mener pendant neuf mois encore cette vie que personne auprès de lui ne pouvait soutenir. Il devenait pourtant chaque jour plus diaphane. Il semblait traîner son corps au bout d'un fil. Mais quand il prenait la parole, ce n'était plus le même homme. Une telle intensité de vie rayonnait de lui qu'on ne pouvait pas croire qu'il fût sérieusement atteint. Fatigué, oui, mais gravement malade ? L'idée n'en effleurait pas l'esprit. Avec lui, on était habitué au miracle; on avait confiance. L'effet n'en fut que plus terrifiant quand, arrivant au soir du 25 septembre pour la conférence, les membres virent la porte d'entrée close et lurent la pancarte annonçant que ce soir-là la conférence n'aurait pas lieu. Jusqu'à la Saint-Michel, il résista au mal qui consumait ses entrailles. Le 28, il put encore parler pour la dernière fois. II le fit en levant le voile sur les arrière-plans du courant anthroposophique dans le passé et dans l'avenir. Mais il dut s'arrêter. Il ne restait à Rudolf Steiner que neuf mois pour terminer ce qui avait été entrepris.

Dans les lettres qu'il écrivit à Marie Steiner depuis son lit de malade il expliqua cet effondrement de la façon suivante :

« — Cela fait déjà un bon moment que je n'ai plus guère de lien avec mon corps physique. Cela provoque un équilibre labile des forces physiques qui n'obéissent que si elles sont prises en main par une initiative correcte. Et cette rupture du lien avec le corps physique n'est pas due aux journées de conférences, ni même au fait que je me rendais entre-tempsà la clinique — car tout cela était savamment dosé par la Doctoresse Wegman et moi-même, mais s'explique par la ruée des gens ( le portier comptait 400 visiteurs pendant les journées où il donnait successivement quatre conférences du même jour, selon le récit de Marie Steiner ), et qu'il fallait alors, contrairement à tout dosage de ses propres forces, se tenir à leur disposition. » (2 octobre 1924)

« Je t'ai déjà dit depuis longtemps que dès janvier 1923 (à la suite de l'incendie) le lien des membres supérieurs de mon être ne se réalisait plus entièrement avec mon corps physique; dans ma vie en esprit je perdais en quelque sorte le contact direct avec mon organisation physique. Pas avec le monde physique. Bien au contraire : la possibilité d'une appréciation saine de celui-ci ne fait que se renforcer et grandir. Mais c'est précisément parce qu'au niveau spirituel tout se passe sans la moindre déviation à l'égard du monde physique, que les forces adverses s'en prennent au corps physique. » (15 octobre 1924)

II ne quittera plus désormais l'atelier attenant à la Menuiserie où il travaillait au grand groupe de bois encore inachevé qui représente le Christ maîtrisant Lucifer et Ahrimane. Il l'a sous les yeux. Il reste au cœur du travail. Le jour tombe d'en-haut sur le lit qu'on a dressé là et que jonchent bientôt des papiers, des livres, les épreuves du Cours qu'il écrit sur la médecine avec la doctoresse Wegman. Celle-ci, secondée par le docteur Noll, veille sur lui, atténue ses souffrances.

Ces neuf mois virent pourtant grandir encore son activité. Cela peut paraître superficiel de citer le nombre de conférences qu'il donna au cours de ces neuf mois qui lui restaient à vivre : 338 conférences et 68 allocutions et entretiens, tout cela en 272 jours! Cet aspect extérieur des choses prouve bien une activité spirituelle intense et fournit un continuel sujet d'étonnement. Chaque mot de ces conférences fut transcrit et presque tout ce qu'il dit alors est aujourd'hui imprimé. Toute personne qui s'y intéresse peut donc suivre, jour après jour, tout ce qu'il fit et dit. Était-ce, ainsi qu'il l'a insinué lui-même, une sorte de compensation offerte par le monde spirituel à la perte que subit l'anthroposophie lors de l'incendie du Gœtheanum ? Était-ce l'approche de la mort qui lui donnait cette abondance de possibilités spirituelles? Immédiatement après la semaine de Noël. Rudolf Steiner fit un cours « aux jeunes médecins », qui les enthousiasma tout particulièrement. Il ne leur donna pas seulement des connaissances spirituelles, mais chercha surtout à approfondir l'être de ceux qui se préparaient à soigner les autres, ce que l'on peut appeler la « conscience morale et ésotérique » du médecin.

Depuis des années, Rudolf Steiner avait régulièrement fait des conférences aux ouvriers qui participaient à la construction du Gœtheanum, sur les problèmes pratiques et spirituels de la vie. Les ouvriers appréciaient beaucoup ces conférences. II possédait à la perfection la manière de se faire comprendre des gens simples. Même en 1924, sa faiblesse physique et le surcroît de travail qui l'écrasait, ne purent l'empêcher de faire ce qu'il aimait et considérait comme son devoir social. Ces conférences étant éditées, tout le monde peut se les procurer. C'est à cette époque, qu'il fit la maquette du deuxième Gœtheanum. Cet édifice, inauguré trois ans après sa mort est d'un style architectural qui (bien que tout à fait différent du précédent) s'éloigne considérablement du style traditionnel de notre époque. Expression d'un autre matériau (le premier Gœtheanum était en bois, le deuxième est de béton), l'édifice, malgré ses formes sévères, s'inscrit harmonieusement dans les lignes du paysage jurassien de Dornach. Ce Gœtheanum se tient là, maintenant, comme un être à l'esprit éveillé; il regarde vers l'ouest, vers l' Occident, vers le soleil couchant. De cet édifice, la question devenue pierre s'élève : l' Occident, dont le destin est d'apporter par la technique la mort de la culture sur la Terre, trouvera-t-il aussi la force de transformer cette chute en une ascension?

Ce que fit Rudolf Steiner à cette époque, personne d'autre que lui n'aurait pu le faire. Autour de lui, on se demandait souvent alors s'il prenait jamais le temps de dormir. Alors que tout le monde dormait, la lumière brûlait dans sa chambre — il travaillait — et aux premières heures de la matinée, il était le premier à reprendre la tâche. C'est au cours de ces mêmes mois que furent fondées les sections pour la pédagogie curative et pour l'agriculture, que les pédagogues, les eurythmistes et les médecins reçurent leurs dernières instructions, que la communauté des chrétiens bénéficia d'un vaste concours. Les voyages que Rudolf Steiner entreprit à Prague, à Paris, en Hollande et en Angleterre lui permirent de faire participer ces pays à l'impulsion extraordinaire donnée à Dornach, pendant la semaine de fondation. Il semble qu'une zone spirituelle encore plus étendue s'était ouverte à Rudolf Steiner et qu'il ne pouvait parler que des choses qui, bien que reposant en lui depuis fort longtemps, venaient seulement d'atteindre leur complète maturité et demandaient à être exprimées. Le cycle de conférences de la semaine de fondation (Noël 1923) dont le titre est : « L'Histoire du monde à la lumière de l'anthroposophie et comme base de la connaissance de l'esprit de l'homme, » avait ouvert la porte aux Considérations karmiques qu'il poursuivit pendant tous ces mois et jusqu'au dernier jour.

La conception que l'individualité de l'homme doit s'incarner d'époque en époque pour compenser une vie par une autre et mûrir grâce à de nouvelles expériences nous vient de l' Antiquité. Elle domine depuis des millénaires la vie spirituelle de l' Orient. Ne serait-elle pas la première de toutes les conceptions? Ces enseignements sont toujours demeurés vagues et limités. Aussi loin que l'on puisse remonter, Rudolf Steiner fut probablement le premier qui osa, par son investigation spirituelle, suivre concrètement les courants historiques ainsi que les vies de certains personnages pendant de longues périodes et eut le courage d'exposer les résultats de ces investigations devant un vaste auditoire. Dans cet auditoire justement, personne n'aurait pu « contrôler » jusque dans les détails, le contenu de ses dires. Mais nous tous. qui avons reçu alors de Steiner lui-même, toutes ces indications, nous eûmes l'impression qu'il avançait dans ce domaine avec le même souci d'exactitude et d'authenticité que celui des meilleurs physiciens ou astronomes modernes dans leur propre domaine. Du 20 janvier au 10 août, dix-huit lettres aux membres parurent dans « Les Nouvelles de la Société Antroposophique » . Il tenta alors d'expliquer les exigences spirituelles relatives à la « semaine de fondation ».

« L'anthroposophie ne peut se développer que comme une chose vivante, car son essence même est vie. Elle est la vie dont la source est l'esprit. La forme première qu'elle doit prendre parmi les hommes, est celle de l'Idée. Et elle s'adresse en premier lieu à l'intelligence de l'homme. S'il n'en était pas ainsi, elle perdrait tout contenu — elle ne serait qu'exaltation sentimentale. Mais l'esprit réel n'est ni délirant ni romanesque. II parle un langage compréhensible, substantiel. »

Ces Lettres aux membres passèrent dans Les Directives qui plus tard furent publiées sous le titre «Le Mystère de Michaël.» Rudolf Steiner en écrivit la plus grande partie dans son lit de malade. Elles parurent chaque semaine, jusqu'à la dernière semaine de mars 1925. Il y a décrit, et pour la dernière fois, mais sous de nouveaux aspects. l'essence de l'anthroposophie, sa mission et ses devoirs. En 1924, au début du mois de septembre, lors de son retour d' Angleterre, plus de mille personnes l'attendaient à Dornach, parmi lesquelles des médecins, des acteurs, des théologiens (il leur avait promis des cours particuliers). Bien que souffrant déjà énormément, il tint ses promesses. Pendant trois semaines, devant un auditoire d'acteurs, de récitants, de professeurs, il parla de La Formation de la parole et de l'art dramatique. Aux théologiens de la Communauté des chrétiens, il parla de L' Apocalypse de Jean, et aux prêtres et aux médecins il fit un cours sur la Médecine pastorale.

Dans le Bulletin paraissent chaque semaine « Lettres » et « Directives ». Leur but est d'inciter les membres à se concentrer sur l'Enseignement, à reprendre, à la lumière de l'impulsion reçue à Noël, l'étude coordonnée de tout ce qui est disséminé dans les quelque six mille conférences sténographiées et la vingtaine de livres écrits. C'est maintenant aux groupes de travail de retrouver l'unité à travers la profusion des textes et le foisonnement des sujets traités. Lui-même entreprend au début de dégager dans un style lapidaire les motifs essentiels. Très vite pourtant ce n'est pas à une systématisation de l'œuvre qu'il travaille mais il allume de nouveaux foyers de lumière. Il poursuit l'investigation qu'il avait dirigée sur le karma historique du mouvement anthroposophique, et il la pousse vers ce qu'il appelle le «mystère de Michaël». A mesure qu'il avance, son regard s'affranchit de plus en plus des limites de temps et d'espace et s'étend largement sur le passé et sur l'avenir de la « pensée michaëlique ». Ce qu'il décrit s'applique prophétiquement aux conditions d'existence dans lesquelles nous vivons aujourd'hui. Il voit déjà les conséquences du dessèchement des liens entre l'homme et la nature, l'emprise d'Ahrimane sur la pensée, les bouleversements historiques dus à l'âme de conscience, la lutte de Michaël pour la liberté humaine, la technocratie menaçant d'écraser cette liberté. Pour sauver l'humanité de ces dangers, il indique la seule ressource : conquérir une science de l'esprit qui s'élève aussi haut dans le monde suprasensible que la technique nous entraîne dans la matière et la sous-matière. Son regard trouve encore la force de dissiper l'écran sombre qui recouvre l'avenir. Et pourtant, jusque dans ces ultimes conquêtes de l'esprit, il doit subir les assauts d'un adversaire qui joue sa partie décisive. C'est dans le secret de l'âme qu'il mène ces combats. Il n'en parle point et jusqu'au bout ne donne au monde que les résultats positifs des victoires qu'il obtient, gardant pour lui, si l'on ose dire, le sang versé. Mais ici encore les carnets de notes recueillis après sa mort fournissent des preuves. Celui de novembre 1924 porte ces quelques vers qui soulèvent un coin du voile sur les luttes qu'il poursuit en silence :

Toi, magicien négateur de toute vie,
Tu t'insinues de nuit
Et instilles une force adverse
Dans la noble puissance du feu cosmique,
Dans la trame judicieuse du destin,
Dans l'éternel pouvoir des volontés divines,
Pour mieux répandre un venin démoniaque,
Qui tourmente les âmes et vers moi
Comme un serpent se glisse. »

Sur les traversées de ses nuits obscures, n'a-t-il vraiment jamais rien dit ? Pourtant si. Pas de confidence personnelle, mais une scène des Drames-Mystères. Le dernier tableau du dernier drame, qui se déroule chaque année sous les yeux de milliers de spectateurs au Gœtheanum, met en scène un pareil affrontement. Plus que seul, isolé de ses disciples, cerné par Ahrimane, Bénédictus mis à l'épreuve se délivre de l'adversaire lorsqu'il le discerne, le reconnaît, le « pense ». Ahrimane doit alors s'enfuir, démasqué: « Il est temps que je m'écarte au plus vite de son champ de conscience. Car dès que sa vision pourra me penser dans ma vérité, aussitôt se créera dans sa pensée une partie de la force qui lentement m'anéantit. »
Si l'on rapproche cette fin des « Mystères » des ultimes avertissements qu'on tient de la main de Rudolf Steiner, on y retrouve bien la même victoire sur les ténèbres et la même injonction, il faut être vigilant, lucide, et comme il l'écrivait après l'incendie, « s'astreindre à la pensée forte ».

Ce fut « sans doute une expérience vraiment amère » pour Rudolf Steiner, lorsque le 26 septembre, il eut pour la première fois à décommander une conférence. Les autres conférences aux ouvriers du Gœtheanum, aux membres, aux élèves de l' Université libre, furent poursuivies sans interruption jusqu'au 28 septembre. Le 28 septembre, il rassembla encore une fois toutes ses forces, selon Marie Steiner, « pour donner la première partie d'une allocution qui devait être complétée le 29 à l'occasion de la fête de la Saint-Michel. Mais sa voix était déjà à moitié éteinte; c'était comme un écho venant de très loin; il dut interrompre plus tôt que prévu... et le jour de la Saint-Michel il n'y eut pas de suite. » Ainsi, cette allocution du 28 septembre était-elle devenue sa conférence d'adieu. Deux jours plus tard Marie Steiner dut entreprendre en Allemagne une tournée d'eurythmie qui avait été planifiée de longue date. Le 2 octobre, Rudolf Steiner lui communiqua qu'il avait convenu avec la Doctoresse Wegman de quitter la maison « Hansi » (appartement de Rudolf et Marie Steiner) pour s'installer dans son atelier à la menuiserie du Gœtheanum. Son lit se trouvait dans son atelier, au pied de la statue inachevée du Christ. L'atelier où se trouvait la statue était lui-même accolé à la menuiserie, et c'est pourquoi, tout comme la statue, il échappa au sinistre.: « Cela est nécessaire parce que j'ai besoin de soins très attentifs ; le trajet aller-retour efface chaque fois les résultats des soins. Je suis donc ici et y resterai tant que cela sera nécessaire. La Doctoresse Wegman fait tout ce qui est en son pouvoir. Bien entendu j'aurais préféré m'installer à la maison Hansi. Lorsque nous avons vu que le trajet aller-retour était impossible, nous en avons discuté. Mais on ne peut pas faire aménager à la maison Hansi les installations de bain indispensables que nous avons ici. »

C'est ainsi que se réalisa une séparation spatiale entre Rudolf et Marie Steiner après une vie en commun de plus de deux décennies. Alors que la Doctoresse Wegman se fut rendue entièrement libre pour se charger des soins dont Rudolf Steiner avait besoin, et que le Dr Noll de Cassel se fut également mis à disposition, Marie Steiner ne put dorénavant revoir Rudolf Steiner que lorsqu'elle séjournait à Dornach, certes quotidiennement mais aux seules heures programmées. Cela doit avoir été très pénible pour elle et c'est probablement à cela que Rudolf Steiner fait allusion dans sa lettre du 27 février 1925: « je t'écris ces lignes à peu près à l'heure où tu es d'habitude assise à mes côtés. C'est avec la plus profonde émotion intérieure que je pense combien c'est beau quand je peux écouter le récit de ton activité et que nous pouvons nous entretenir de cette activité qui est la tienne. Et quand je sais que tu lis de temps à autre le récit de notre activité commune décrite dans mon « Autobiographie », je sens profondément combien nous sommes unis. Que le karma amène aussi d'autres personnes à mes côtés est une réalité karmique. Et la maladie a montré comment ce karma est incisif. Mais tu es parvenue à comprendre cela ; c'est une bénédiction pour moi. C'est vraiment avec toi seule que je puis, lorsqu'il s'agit de porter un jugement, être uni dans le penser et le ressentir. Je me suis déjà senti frustré de ne pouvoir te soumettre les dernières pages de l'article sur Steffen avant de le remettre (hier) à l'imprimeur. Car c'est à ton seul jugement que je reconnais, en ce qui me concerne, une compétence fondée sur l'être intérieur. »

Au printemps, pressé de tous côtés, Rudolf Steiner avait commencé à écrire une autobiographie qui paraissait chaque semaine sous forme d'esquisses et qui plus tard, publiée. devint « Mein Lebensgang » (Ma vie). Même à l'époque de sa maladie, cet ouvrage ne fut pas interrompu. Alors que tous les fascicules écrits de sa main, portaient la mention à suivre, le dernier manuscrit qu'il envoya à l'imprimerie, la dernière semaine de mars 1925, ne portait aucune mention. Ainsi, couché dans son atelier, terrassé par la maladie, son esprit demeura actif et infatigable.

Par ces paroles, Rudolf Steiner confirme peu de temps avant sa mort ce qu'il avait déjà fixé par testament en 1907 :
« Après ma mort Mlle Marie de Sivers doit avoir le droit de disposer en mon nom. Ce qu'elle fera ainsi sera fait en mon nom... Elle doit considérer ma mort comme voulue par les puissances supérieures et en aucun cas y voir une énigme. Les choses ont un lien qu'il faut honorer même si on ne le comprend pas encore. Mais Marie de Sivers sera toujours auprès de moi. Notre union demeure indissoluble. ( Dr Rudolf Steiner : Berlin, 19 février 1907 )

Marie Steiner ressentit comme un destin tragique le fait de n'avoir pu être présente au moment de la mort de Rudolf Steiner. Elle était en tournée avec la troupe d'eurythmistes lorsque l'état du malade se détériora brusquement. A la fin de cette tournée d'eurythmie pour laquelle Rudolf Steiner avait collaboré à l'élaboration du programme, il était prévu de donner deux représentations supplémentaires lors d'un congrès pédagogique, ainsi qu'une représentation pour les élèves de l'école Waldorf. Par ailleurs, Rudolf Steiner l'avait priée de s'occuper sur place de problèmes liés à la vie de la Société anthroposophique: « Si tu trouvais encore le temps de parler avec les adversaires de Unger, ce serait une bonne chose. Je t'ai déjà écrit à quoi t'en tenir. » (23 mars 1925)
Il appréciait et souhaitait de tout cœur cet engagement en faveur de l'eurythmie

« avec quelle grande émotion il recevait toujours les dépêches que Mme Steiner lui expédiait de chaque ville où avait été donnée une représentation d'eurythmie, des dépêches annonçant de grands succès», raconte la Doctoresse Wegman —, cela ressort régulièrement dans ses lettres, dans une des toutes dernières (le 23 mars 1925) en termes suivants : « ... Je ne peux vraiment pas t'exprimer combien j'admire ton dévouement, et combien je te suis reconnaissant pour tout ce que tu accomplis ainsi avec tant de bonheur... »

En fin de soirée du 29 mars Marie Steiner fut informée par téléphone de l'aggravation de l'état de Rudolf Steiner, mais avec l'indication que ce n'était pas nécessaire de voyager tout de suite et qu'elle serait de nouveau tenue au courant le lendemain matin. Elle essaya néanmoins — mais sans succès, de trouver un moyen de locomotion. Le lendemain matin, peu avant six heures, elle reçut un second appel. On se procura immédiatement une voiture et, accompagnée de Emil Leinhas, Marie Steiner roula d'un trait jusqu'à Dornach. Lorsqu'elle arriva peu avant midi, c'était déjà trop tard. Elle apprit qu'il était décédé vers dix heures. Albert Steffen écrivit : « Elle n'a pu assister à la mort de l'être le plus cher, mais intérieurement elle avait tout pressenti au cours du voyage. »

« Il aimait à entendre le bruit du marteau et la rumeur vivante, autour des échafaudages, qui pénétraient le silence de son atelier. Ces bruits qui parvenaient du lieu où l'on reconstruisait le Gœtheanum lui parlaient de l'édifice à venir. » Il était lié par toutes les fibres de son être à ce nouveau centre de l'anthroposophie et à la Société qui en était le porteur, le responsable humain, ainsi qu'à ses membres. Puis vint la journée du 30 mars. Günther Wachsmuth, qui a vécu cette journée, la raconta en ces termes :

« Les derniers instants de la vie terrestre de Rudolf Steiner furent délivrés de toute lutte avec le physique et exempts de tous les doutes qui assaillent généralement la plupart des hommes; son visage respirait la paix, la grâce, la certitude intérieure, la contemplation spirituelle. Il joignit les mains sur la poitrine, ses yeux étaient lumineux et fermement dirigés vers les mondes de l'esprit auxquels il s'unissait par la contemplation. Lorsque vint le dernier souffle, il ferma lui-même les yeux et l'espace autour de lui s'emplit non pas de l'impression d'une fin, mais d'un acte spirituel d'une élévation infinie. Ses traits, la puissance des mains jointes pour la prière, parlaient d'un éveil sublime, radieux. Le corps qui reposait là ressemblait à ceux que les grands artistes ont prêté aux chevaliers du Moyen Âge, gisant sur leurs sarcophages, dont les yeux fermés voient, dont la position de repos éternel donne cependant l'impression d'une immense possibilité de mouvement; un éveil supraterrestre, une marche vers les sphères de l'esprit. »

Il n'a pas dit une seule parole relative à la mort qui approche. On a seulement remarqué après-coup qu'en remettant comme chaque semaine les feuillets manuscrits du texte destiné à la revue « Das Goetheanum », il n'a pas ajouté comme à son habitude « à suivre » aux derniers mots qu'il a tracés et qui devaient paraître après sa mort. Mais il y a plus énigmatique encore : dans la nuit du 29 au 30 mars, quand les dernières heures sont arrivées et que la mort est imminente, la doctoresse lui demande s'il a une dernière recommandation à faire, un message à lui laisser pour la Société ? II la regarde les yeux dans les yeux, se tait et détourne la tête. Il faut que tout s'accomplisse... Le temps de la parole est passé. Le temps du silence est venu. Il ne le rompra plus, même lorsqu'à l'aube elle appellera les autres membres du Comité directeur présents à Dornach pour qu'ils assistent à ses derniers moments. Ils se rassemblent : Albert Steffen, Gunther Wachsmuth, Élisabeth Vreede. Ils le voient absorbé dans une contemplation intérieure qu'il semble suivre avec une extrême attention; son regard dirigé droit devant lui plonge en d'autres mondes; il prête l'oreille à d'autres sonorités. Le souffle se ralentit paisiblement. Lorsqu'entre cet esprit rayonnant et le corps dépouillé la distance devient si grande que le fil est prêt à se rompre, il croise les mains sur la poitrine et, sur la dernière expiration, ferme lui-même les yeux. Guéri.

A-t-il voulu par son silence élever ceux qui l'entouraient à la pleine responsabilité des tâches qui allaient leur demander d'acquérir, à leur tour, la maîtrise ? Trop de « paroles du Docteur » avaient servi de prétexte à trop de mots d'ordre pour qu'à l'heure décisive il ne préfère simplement laisser germer l'avenir. Le temps était venu pour que les phrases dont on fait passivement des formules fassent place au silence qui voit mûrir les libres décisions. Tel est en tout cas le sens qu'on peut donner à la grandeur de cette scène.

C'était un lundi matin à dix heures.
Dans la Menuiserie, les ouvriers arrêtèrent les machines et sans bruit rangèrent les outils. Au dehors, la colline couverte de cerisiers en fleurs était envahie des forces du printemps, mais d'un printemps silencieux et solennel. Dans ce silence commença bientôt à se former la longue file des membres montant le chemin de la colline. Pendant trois jours, sous un ciel d'avril qui rayonnait, il en vint de partout. En un lent défilé, ils pénétraient dans l'atelier et ne pouvaient se rassasier de contempler, au pied du Christ, les traits de leur maître d'où émanait une lumière de résurrection.

Marie Steiner racontera plus tard : « Le voilà mis en bière, aux pieds du Représentant de l' Humanité. La foule se portait en masse vers l'atelier — silencieuse, pleine de reconnaissance et de respect, profondément bouleversée. La pièce fut pendant quelques jours et nuits comme remplie d'une atmosphère non terrestre. »

Quatre semaines plus tard elle écrivit à la sœur de Rudolf Steiner : « Maintenant nous nous disons tous que nous avons été trop optimistes, mais compte-tenu de l'immense énergie vitale dont Rudolf Steiner a toujours fait preuve, même pendant sa maladie, nous nous sommes toujours bercés d'espoir. Cela semblait impossible qu'il puisse s'en aller, et personne de nous n'a voulu y croire. Depuis qu'il ne pouvait plus voyager j'ai pour ma part dû accentuer mon action vers l'extérieur, dans le sens voulu par lui; c'était pénible, mais d'autre part cela l'apaisait de savoir que l'activité n'était pas interrompue. — Mes jambes malades ne m'auraient pas permis d'assurer les soins dont la Dsse Wegman et le Dr Noll se sont chargés avec dévouement. Mais j'ai beaucoup souffert de devoir être si souvent absente. Je crois qu'il a voulu faire un trop grand effort pour guérir. Il m'avait écrit qu'il devait guérir maintenant pour pouvoir reprendre son travail à la maquette du nouvel édifice. Mais l'organisme était déjà trop épuisé pour supporter cet effort. Surmenage — par suite du travail surhumain jamais interrompu, et sous-alimentation parce qu'il ne supportait plus rien, c'est sans doute cela qui a empêché la guérison. Comme le monde est mort depuis qu'il s'en est allé!... »

Il s'est avancé, seul, à des hauteurs où nul ne peut le rejoindre. A ceux qui le suivent, il doit laisser le temps de gagner par eux-mêmes les étapes. Il les a dotés de trois trésors : D'abord, une somme de connaissances, recouvrées ou conquises sur l'avenir, qui est loin d'être encore parfaitement explorée. Elle constitue la base d'une Science de l'esprit. De ce premier trésor est sorti un fleuve de vie : l'œuvre qui s'épanche en un nombre sans cesse grandissant d' Écoles, Instituts curatifs, Cliniques, Laboratoires de recherche scientifique et d'applications thérapeutiques, Écoles d'art, Domaines bio-dynamiques, etc. Enfin, une méthode de développement intérieur pour rétablir le contact perdu entre l'esprit dormant en l'homme et l'esprit dans l'univers. Aujourd'hui, trois-quart de siècle après sa mort, l' œuvre bienfaisante, convaincante, est en pleine extension ; elle confirme la vigueur des germes qu'en elle il déposa. Mais lui-même garde en partie le secret de son être profond. Il dépassait trop son époque pour être compris des hommes de son temps. La nôtre lui fait déjà une plus large place partout où l'excellence des fruits fait augurer de l'arbre. Quand donc sera-t-il vraiment reconnu pour ce qu'il fut... ? Le temps doit faire son œuvre et voir lever les facultés spirituelles que lui-même posséda pleinement et voulut éveiller chez ceux qu'il appela ses frères.

Écho

Un lourd nuage plane sur la civilisation
européenne, et, dans un certain sens,
il est étonnant de voir combien peu
l'humanité accepte (...) de sentir, de
percevoir ce lourd nuage.

Rudolf Steiner, 1924.

A la mort de Rudolf Steiner, le soubassement de béton du second Gœtheanum était à peine terminé. Ce que le Maître avait projeté, ébauché, des novices et des compagnons devaient le mener à bien. Un instant seulement avait suffi pour que la Société et l Université perdent leur chef, alors que, si tout venait d'être organisé, rien n'était encore fait. Dans ce domaine aussi, les novices et les compagnons durent, par leurs seules forces, faire ce que le Maître leur avait enseigné. Mais l'œuvreétait trop grandiose, elle devait embrasser tout un monde, et bien souvent la tâche dépassa les forces des disciples. Dans une société aussi vaste, qui rassemblait des individualités aussi disparates, les luttes étaient inévitables. Chez tout homme qui étudie l'anthroposophie et cherche à la vivre activement, celle-ci s'individualise, prend un autre visage, se colore de la personnalité de l'anthroposophe.

La routine détruit la recherche anthroposophique. Il n'est pas étonnant que la Société, peu de temps après la mort de Rudolf Steiner, ait traversé des crises — sans compter le fait qu'elle dut subir des interdictions sévères en Allemagne, sous le régime nazi. Mais elle s'est montrée pleine de forces, et les difficultés du début ont été vaincues. Après la mort de Rudolf Steiner, c'est Albert Steffen qui prit sa succession à la présidence de la Société. Presque toutes les sections de l' Université libre sont aujourd'hui sous la direction d'autres personnes. Tous les membres qui ont fait partie du premier Bureau, sont aujourd'hui décédés : Ita Wegman et Élisabeth Vreede en 1943, Marie Steiner en 1948, Günther Wachsmuth en mars 1964 et Albert Steffen en juillet 1964. Chaque année, des milliers de membres et de spectateurs affluent au Gœtheanum, surtout pour assister aux représentations des quatre drames-mystères de Rudolf Steiner, des drames d' Albert Steffen, et voir le Faust de Gœthe. Le Gœtheanum est en effet. le seul endroit au monde où l'on peut voir représentées les deux parties du Faust, dans le texte intégral et sans coupures.

Tout au long de l'année, une quantité de conférences, de séminaires, de représentations artistiques, d'expositions, ont lieu au Gœtheanum. La clinique d' Arlesheim ainsi que l'Institut pour la recherche du cancer, les fabriques de médicaments « Veleda » ont été agrandis par de nouveaux bâtiments. Le nombre des écoles et instituts pédagogiques croit d'année en année, dans le monde entier. Un groupe de collaborateurs travaille à l'édition de l'œuvre tout entière de Rudolf Steiner, c'est le « Rudolf Steiner Nachlassverwaltung ». Si l'on jette un regard sur la vie et l'œuvre de Rudolf Steiner, on est tenté de crier au monde moderne qui se sait au bord de l'abîme : Qui et que cherchez-vous? La victoire sur le matérialisme? La solution des questions sociales? Une renaissance de la science, de l'art, de la religion?

A toutes ces questions, Rudolf Steiner a apporté des réponses. Elles sont différentes de celles que l'on attend. Cela suffit-il pour les rejeter? Parce que le langage est inhabituel? Parce que beaucoup parmi ses disciples ne sont pas convaincants? En était-il autrement dans l' Antiquité des grands prophètes et des guides de l'humanité?
Notre époque s'est-elle donné la peine d'examiner réellement son œuvre et sa vie? A-t-elle pesé ses paroles sur la balance d'or? A-t-elle accepté ses impulsions innombrables? Les a-t-elles contrôlées? Une monographie de Rudolf Steiner, écrite de nos jours pour le public, ne peut se terminer que par d'amères et graves questions...

Résumé Biographique

 

PREMIÈRE PARTIE 1861-1879

Enfance-Adolescence

1861 — Naissance le 27 février à Kraljevec, Yougoslavie (anciennement Hongrie). Le père de Steiner (1829-1910) était fonctionnaire du réseau sud des chemins de fer autrichiens. Les parents étaient originaires des régions boisées de la Basse-Autriche.

1862 — Le père est nommé à Mödling, près de Vienne.

1863 — Enfance à Pottschach, station de chemin de fer du Semmering.

1868 — Adolescence à Neudörfl, au bord de la Leitha-Burgenland.

1872 — Collège à Wiener-Neustadt.

1879 — Baccalauréats avec mention.

 

DEUXIÈME PARTIE AUTOMNE 1879-1889

Étudiant à Vienne

1879 — Le père est transféré à Inzersdorf près de Vienne. Étudesà l'École supérieure technique. Matières principales : mathématiques, biologie, physique, chimie. Professeur de littérature allemande : Karl Julius Schroer Professeur de philosophie : Robert Zimmermann et Franz Brentano. Histoire : Otto Karl Lorenz. Il commence à étudier Gœthe.

1883 — A 22 ans, on lui demande de publier dans la « Littérature Nationale de Kürschner », les Écrits scientifiques de Gœthe.

1886 — Épistémologie de la pensée gœthéenne. A Vienne à la « Société Goethe », Rudolf Steiner fait une conférence : Gœthe, père d'une nouvelle esthétique.

1888 — Rédaction de l'Hebdomadaire Allemand.

1889 — Première visite à Weimar, Eisenach et Berlin. Contrat avec Suphan.

 

TROISIÈME PARTIE 1890-1896

Weimar

1890 — A l'automne, installation à Weimar. Collaboration aux Archives de Gœthe et Schiller. Publication des écrits scientifiques de Gœthe aux « Éditions Sophie ». Rencontres avec H. Grimm, Loeper, Erich Schmidt, Heinrich von Treitschke, Hermann Helmholtz, Ernst Haeckel. Amitié de Ludwig Laistner et Gabrielle Reuter. Première rencontre avec Hartleben.

1891 — Promotion à Rostock au grade de docteur en philosophie. Son professeur de Thèse est Heinrich von Stein. Thème : « La question fondamentale posée par la théorie de la connaissance, en se référant particulièrement aux enseignements scientifiques de Fichte. » (Prolégomènes d'un accord de la conscience philosophique avec elle-même.)

1892 — Vérité et Science.

1894 — Philosophie de la liberté. Visite à Nietzsche, malade à Naunburg.

1895 — Friedrich Nietzsche, un combattant contre son époque.

1896 — Gœthe et sa conception du monde.

 

QUATRIÈME PARTIE 1897-1901

Premières années à Berlin

1897 — Installation à Berlin.

1897-1900 — En association avec Otto Erich Hartleben, éditeur du Magazine Littéraire et des Feuilles Dramatiques. Activité au sein de la « Société libre de littérature », de la « Société dramatique libre », du cercle de « Ceux qui viennent... », de « l'Université libre », de la « Ligue Giordano Bruno ». Amitié d'Henry Mackay et Louis Jacobowski. Relations avec Bruno Wille et Wilhelm Bölsche.

1899 — 31 octobre, mariage avec Anna, Vve Eunike (née Schultz).

1899-1904 — Professeur à l'École de formation des ouvriers. Conférences, cours, exercices de déclamation pour les conférenciers.

1900 — Haeckel et ses adversaires. Conférences sur Nietzsche à l' « Union pour l'encouragement de l'Art ». Conférences à la « Ligue pour une pédagogie universitaire » . Fête en mémoire de Nietzsche, conférence solennelle à la fin du cinquième centenaire de Gutenberg devant 7 000 auditeurs et dans un cirque berlinois (17 juin). L'action de Gutenberg, signe de l'évolution de la culture. Premières conférences à la « Bibliothèque théosophique » dans la demeure du comte et de la comtesse Brockdorff. Le monde et les différentes conceptions de la vie au XIXè siècle dédié à Ernst Haeckel.

1901 — Suite des conférences à la Bibliothèque théosophique sur le Christianisme comme fait mystique (25 conférences). Conférence solennelle pour la création de l'« Union des femmes et des jeunes filles de la classe ouvrière » (9 mars). Conférence à l'occasion de la mort de Louis Jacobowski (9 mai). Cycle de conférences dans le cercle de « Ceux qui viennent » sur De Bouddha au Christ (24 conférences). Conférence pour les étudiants de l'École supérieure technique sur Hegel (22 novembre).

 

CINQUIÈME PARTIE 1902-1923

Première phase de développement
de l' Anthroposophie, 1902-1909

1902 — Entrée dans la Société théosophique. Continuation du travail à l'École pour la formation des ouvriers, ainsi qu'à la Bibliothèque théosophique, dans le cercle de « Ceux qui viennent » et à la « Ligue Giordano Bruno » . Participation, avec Marie de Sivers, à la 131 assemblée générale de la section européenne de la Société théosophique, à Londres (juillet). Fondation de la section allemande de la Société théosophique (octobre). Rudolf Steiner, secrétaire général de celle-ci. Conférence à l'Université libre. Au Théâtre Schiller, soirée « Ferdinand Freiligrath ». Publication du Journal Lucifer, plus-tard Lucifer-Gnosis.

1903 — Continuation des activités à Berlin jusqu'en 1914. Début d'une activité publique théosophique à Weimar, Cologne, Hambourg et Londres.

1904 — Prend la parole pour la première fois à Stuttgart (Goethe théosophe, 22 avril) et à Lugano. Nuremberg. Hanovre, Munich. Dresde, Ratisbonne, Karlsruhe, Heidelberg. Düsseldorf. Congrès théosophique à Amsterdam, sur le thème Mathématiques et occultisme (21 juin).

1905 — Rudolf Steiner termine son activité à l'École pour la formation des ouvriers avec une conférence solennelle à l'occasion du 12è anniversaire de sa création (22 janvier). Conférences et extension de la Société théosophique à Berlin et dans les grandes villes allemandes. Cycle sur l'Évangile selon saint Jean.

1906 — Les premiers grands cycles de conférences hors de Berlin. Paris (18 conférences). Première rencontre avec É. Schuré, Leipzig (14 conférences). Stuttgart en août « Cycle n° 1 » : Au seuil de la théosophie. Fondation de branches à Francfort et Brême. Conférences sur l'Évangile selon saint Jean à Munich (8 conférences).

1907 — Cycles de 14 conférences à Munich, Kassel, Hanovre, Bâle (8 conférences).

1908 — Premier voyage en Scandinavie. Mars, avril : Lund, Malmö, Stockholm, Upsula, Oslo, Göteborg. Copenhague. 12 conférences sur l'Évangile selon saint Jean à Hambourg (mai). 12 à Nuremberg sur Théosophie et apocalypse (juin). Deuxième voyage en Scandinavie. 15 conférences à Rome. Cycles à Düsseldorf. Oslo (en juillet). Cycles à Stuttgart et Leipzig.

1909 — Première rencontre avec Christian Morgenstern à Berlin. Rudolf Steiner commence à annoncer Le retour du Christ (7 conférences à Rome). Cycles à Düsseldorf, Oslo, Budapest (10 conférences), Kassel, Munich, Bâle (l'Évangile selon saint Luc).

Deuxième phase de développement
de l' Anthroposophie, 1910-1916

1910 — L'année commence avec un cycle de 11 conférences sur l'Évangile selon saint Jean à Stockholm. Cycle à Vienne (mars). Voyage par Klagenfurt vers Rome, Palerme (avril). Cycles à Hambourg, Oslo, Munich, Berne (Évangile selon saint Matthieu) Munich. Première représentation du premier drame-mystère.

1911 — Prague (La Physiologie occulte) 8 conférences (mars). Anna Steiner, Vve Eunike, meurt le 17 mars. Steiner parle au Congrès international des philosophes à Bologne, sur Les bases psychologiques et la position de la théorie de la connaissance de la théosophie. Cycles à Copenhague, Munich, Karlsruhe et Hanovre. Conférences séparées à Lugano, Locarno, Milan, Neuchâtel, Berne et Munich. Représentation du deuxième drame-mystère.

1912 — Création de l'eurythmie (septembre). Préparation de la création de la Société anthroposophique (septembre). Visite de Florence, cycles à Helsingsfors, Norrköping, Oslo, Munich et Bâle. L'Évangile selon saint Marc (Cologne), conférences « séparées » à Saint-Gallen, Vienne, Klagenfurt, Copenhague, Milan, Berne et Munich. Représentation du troisième drame-mystère.

1913 — Constitution de la Société anthroposophique (2-3 février). Cycles à La Haye, Helsingsfors, Munich, Oslo, Leipzig. Pose de la pierre de fondation du bâtiment de Dornach, le 20 septembre. Conférences séparées à Vienne, Gratz, Klagenfurt, Linz, Prague, Tübingen, Augsburg, Zwolle, Breslau, Erfurt, Essen, Elberfeld, Londres, Paris, Strasbourg, Stockholm, Bergen, Copenhague, Munich. Représentation du quatrième drame-mystère.

1914-1918 — Rudolf Steiner vit tantôt à Dornach, tantôt à Berlin.

1914 — Cycle à Vienne. 1er avril 1914, inauguration solennelle du premier Gœtheanum. Mort de Christian Morgenstern. 31 mars. Paris, Chartres, Norrköping : Le Christ et l'âme humaine. Quand la guerre éclate, il est à Bayreuth pour Parsifal (juillet). Conférences à Hambourg, Berlin, Munich : Le Peuple des barbares, Schiller et Fichte. Mariage avec Marie de Sivers le 24 décembre.

1915-1916 — Achèvement du Gœtheanum. Conférences en Allemagne, Autriche, Suisse. Premier cours d'eurythmie (septembre).

Troisième phase de développement
de l' Anthroposophie, 1917-1923

1917 — Cycle à Berlin : Pierres de construction pour la connaissance du Mystère du Golgotha à Dornach. Karma du matérialisme.

1918 — Première moitié de l'année à Berlin. Deuxième à Dornach. Mouvement pour la triple organisation de l'organisme social « Tripartition sociale ».

1919 — Cycles de conférences à Dornach sur les questions sociales : Appel au peuple allemand et au monde cultivé, Germes des questions sociales. Steiner parle aux ouvriers des usines « Bosch-Delmonte et Daimler ». Fondation de l'École Waldorf à Stuttgart, cours de pédagogie et séminaires. Représentation de Faust au Gœtheanum à Dornach.

1920 — A Dornach, trois conférences sur Thomas d'Aquin. Collaboration continue au travail de l'École Waldorf de Stuttgart et surtout participation aux conférences du « Collège des professeurs » (1919-1924). Premier et second cours de sciences naturelles : la lumière (10 conférences), la chaleur (14 conférences), cours sur l'art de la parole, cours pour les médecins et étudiants en médecine (20 conférences), cours de pédagogie à Bâle (14 conférences).

1921 — Le rapport des divers domaines de la science avec l'astronomie (Stuttgart). Cours aux conférenciers (Stuttgart). Voyage en Hollande. Mathématiques, expérience scientifique, observation et résultats de la connaissance du point de vue de l'anthroposophie (Stuttgart). Deuxième cours médical. Cours sur l'eurythmie curative. Premier et deuxième cours aux théologiens. Anthroposophie et Science. Organisation de l'École supérieure de Darmstadt, activité publique à Oslo, conférences à l'« Association pédagogique », à l'« Union théologique », à l'« Union pour l'économie de l' État ». Cours de Noël aux éducateurs (16 conférences à Dornach).

1922 — Cours supérieur d'anthroposophie (Berlin). New Ideals in Éducation« Nouveaux idéaux dans l'éducation », à Strattford pendant la fête consacrée à Shakespeare. A Vienne, Congrès Orient/Occident. Cours d'économie politique. « Oxford holiday conference » : Spiritual Values in Éducation and Social Life (« Valeurs spirituelles dans l'éducation et la vie sociale »). Création de la Communauté des chrétiens (septembre). Semaines françaises. Cours de pédagogie pour les jeunes de Stuttgart. Voyages en Hollande et en Angleterre. Soirée de la Saint-Sylvestre. Incendie et destruction du Gœtheanum.

1923 — Réorganisation intérieure de la Société anthroposophique, pour préparer la fondation de la Société anthroposophique universelle (Allemagne, Norvège, Suisse, Angleterre, Hollande, Autriche). Cours de pédagogie pour les éducateurs suisses; même cours à Ikley, en Angleterre (25 décembre).

1er janv. 1924 — Semaine de Noël de la Société anthroposophique universelle. Fondation de l'Université libre de science spirituelle.

 

LES DERNIÈRES ANNÉES 1924-1925

1924 — Cours pour les jeunes médecins Les conférences sur le karma (Dornach, Prague, Berne, Breslau, Arlesheim, Londres). Cours de pédagogie à Stuttgart, Berne, Arnheim, Torquay (Angleterre). Cours d'eurythmie musicale; cours aux agriculteurs à Koberwiez (Silésie). Cours d'eurythmie parlée. Conférence aux ouvriers. Cours d'art de la parole et d'art dramatique. Dernier cours aux théologiens sur L'Apocalypse. Dernière conférence pour les membres, le 28 septembre 1924.

1924-1925 — Ma vie, paraît chaque semaine dans le journal « Das Gœtheanum ». Lettres aux membres, Les Directives.

30-3-1925 — Le Lundi 30 Mars 1925 à 10 heures, mort de Rudolf Steiner.

1925 — Édition du livre écrit en collaboration avec la doctoresse Ita Wegman : Bases d'une meilleure et plus vaste thérapeutique d'après les connaissances de la science spirituelle.

1943 — 4 mars : mort d'Ita Wegman.

1948 — 27 décembre : mort de Marie Steiner.

1961 — Mars : mort de Günther Wachsmuth.

1963 — 4 juillet : mort d'Albert Steffen.