SACHSENHAUSEN

Oranienbourg-Sachsenhausen est l'un des moins connus,
en France, des camps de concentration... alors qu'il était
le QG de l'administration SS de tous les KZ.


L'Amicale d'Oranienbourg-Sachsenhausen a publié en 1982 un ouvrage collectif intitulé Sachso s'appuyant sur trois cents témoignages des anciens déportés de ce KZ. Un sur trente des Français de Sachsenhausen a donc contribué à cette entreprise qui, de toute évidence, est le livre de référence. La qualité de la recherche historique est certaine, les faits mentionnés résultant de la confrontation de plusieurs témoignages de déportés. Sachso fournira donc les matériaux de ce chapitre.

UN KZ SPÉCIFIQUE

Second KZ créé par les nazis, Sachsenhausen a également abrité des services très particuliers.

Le second des camps de concentration nazis

Sachsenhausen est un faubourg de la ville d'Oranienbourg, située sur la rivière Havel, à une trentaine de kilomètres au nord de Berlin. C'est le plat pays du nord de l'Allemagne, du Brandebourg. Le site est marécageux, sablonneux, parsemé de forêts de pins, de lacs et d'étangs.

En mars 1933, les nazis installent là un lieu de détention dans une ancienne brasserie désaffectée. De mars 1933 à février 1935, les SA y gardent les ennemis du nouveau pouvoir. Le 12 juillet 1936, une cinquantaine de prisonniers arrivent d'Esterwegen et commencent la construction d'un KZ. Ce sera le second camp de concentration créé par les nazis après celui de Dachau. En août arrive le colonel SS Koch, qui va commander le camp de 1936 à 1937, avant de partir pour diriger celui de Buchenwald. Il sera remplacé de janvier 1938 à décembre 1939 par le sanguinaire Hermann Baranowski, remplacé en 1940 par le commandant Hans Loritz, remplacé lui-même par Anton Kaindl à partir d'août 1942 et Fritz Suhren jusqu'à à la fin.

Sachso donne une description du KZ :

« Dans sa forme définitive, le camp d'Oranienbourg-Sachsenhausen est un triangle presque équilatéral d'environ 600 mètres de côté et s'étendant sur 18 hectares. Au milieu de la base de ce triangle se trouve le bâtiment de la porte d'entrée. À deux niveaux, il est surmonté d'un mirador, avec mitrailleuse, d'où l'on peut surveiller juste en dessous la place d'appel qui a la forme d'un demi-cercle de 100 mètres environ de rayon. Le bâtiment abrite les services SS. La grille en fer forgé du portail est ornée de l'habituelle inscription des camps nazis: Arbeit macht frei. Le camp est ceinturé d'un mur de 2,7 mètres de haut, surmonté de fils électrifiés. À intervalles réguliers, il y a des tours de garde. Des projecteurs orientables permettent de balayer tout le camp de là-haut. À 2 mètres environ du mur, côté intérieur, une barrière de fils de fer électrifiés limite un chemin de ronde où les SS circulent accompagnés de chiens. Toujours vers l'intérieur, des chevaux de frise sont disposés devant cette clôture électrifiée longée par une bande de gravier, la zone neutre, où sont plantés des écriteaux portant une tête de mort, avec l'inscription: " On tirera sans sommation. "
La place semi-circulaire sert plusieurs fois par jour au rassemblement des détenus, pour l'appel. Sur cette place se déroulent aussi les séances de Stehkommando, qui obligent à rester immobile au garde-à-vous pendant des heures. Elle est d'autre part bordée par une piste que parcourt, durant la journée, le kommando disciplinaire (Strafkompanie) chargé de l'essai des chaussures de marche de la Wehrmacht.
Les baraques des détenus sont disposées selon les rayons du demi-cercle de la place d'appel, à la manière d'un éventail. La première rangée comprend dix-huit Blocks terminés en mai 1937. Pour la visite de Himmler au camp, en août 1939, est peinte en blanc sur le pignon vert une énorme inscription qui saute aux yeux des arrivants et dont voici la traduction: " Il y a un chemin vers la liberté; ses bornes s'appellent: obéissance, assiduité, honnêteté, ordre, propreté, sobriété, franchise, sens du sacrifice et amour de la patrie. "
Construites en bois sur un socle de béton, ces baraques sont toutes sur le même modèle. Elles comprennent deux ailes symétriques avec, au centre, des toilettes et des lavabos communs. De part et d'autre, deux salles pour chaque aile: un réfectoire, un dortoir. A l'origine un Block a été prévu pour 120 ou 140 prisonniers. En octobre 1944, il y en aura jusqu'à 800. Dans les châlits à trois étages des dortoirs, les prisonniers dorment à cette époque à 2, voire 3 par niveau.
Au début de l'allée centrale, perpendiculaire au bâtiment d'entrée, deux trous maçonnés dans le sol permettent de monter la potence qui sert aux exécutions publiques. Plus loin, il y a la laverie et la cuisine des détenus. À gauche de la porte d'entrée, un groupe de baraques forme l'infirmerie (Revier). En 1941, entre le mur d'enceinte et le Revier, trois morgues sont construites sous le nom de " Pathologie ". D'une surface de 230 mètres carrés, carrelées de blanc, elles peuvent contenir des centaines de corps dans leurs sous-sols. Au-dessus, dans le bâtiment de la Pathologie, les médecins SS dissèquent les cadavres et prélèvent les pièces intéressantes pour les universités et les instituts d'anatomie.
Il y a en tout soixante-huit Blocks où vivent les détenus, mais certains sont des prisons à l'intérieur d'une prison. A droite de la porte d'entrée se trouvent ainsi les Blocks de quarantaine. Mais le camp ne se limite pas qu'au triangle. À l'extérieur, sur le côté droit, se trouve un petit camp spécial (Sonderlager) constitué à l'origine de quatre chalets en bois réservés à des prisonniers de marque.
À l'extérieur encore du mur d'enceinte, mais sur le côté gauche, une autre clôture délimite un ensemble industriel (Industriehof) où voisinent la menuiserie d'une usine militaire (DAW: Deutsche Ausrüstungswerke) et l'usine d'extermination (Station Z). Toujours à l'extérieur, mais du côté de la base du triangle et de la porte d'entrée cette fois se trouvent d'autres installations: celles de la Kommandantur, les locaux de l'administration et les logements des SS. Le complexe d'Oranienbourg-Sachsenhausen s'étend mois après mois et couvre finalement 400 hectares entre les lacs de Lehnitz, de Grabow et la ligne de chemin de fer de Berlin à Neustrelitz.
À l'est, réparties dans la forêt jusqu'au canal de la Havel ou canal Hohenzollern, les casernes nécessaires aux 18 compagnies du détachement SS Brandebourg, le chenil pour les chiens de garde et d'assaut, le dépôt de camions, l'armurerie, l'imprimerie, la station de radio, etc. Au total, 500 baraques de toutes tailles.
Au-delà du canal de la Havel, il y a encore le port, l'usine Klinker et l'entreprise Speer, où travaillent des détenus, la boulangerie et un stand de tir des SS. C'est tout cela le complexe Oranienbourg-Sachsenhausen: aux portes de Berlin, un ensemble répressif en même temps qu'un immense réservoir de main-d'œuvre pour les nazis. »

Effectifs

Le KZ a vu ses effectifs enfler sans cesse. Dès 1933 arrivent communistes, sociaux-démocrates et syndicalistes, puis des Tziganes. En juin 1938, 6 000 "asociaux" les rejoignent. Puis 9 800 juifs après la Nuit de cristal (dont l'étudiant juif Grynzpan qui a abattu à Paris le conseiller von Rath). Puis ce sera au tour des nationaux des pays envahis par la Wehrmacht : l'Autriche, la Tchécoslovaquie, la Pologne et la France. En 1937, le KZ compte 2 300 prisonniers, 8 300 en 1938, 12 200 en 1939. Jusqu'en 1942 le nombre de détenus se maintient autour de 10 000, puis il augmente de nouveau avec les résistants arrêtés dans tous les pays. Il atteint 28 200 fin 1943 et 47 700 fin 1944.

Sévices particuliers

A l'ouest du KZ s'installent les bâtiments de l'Inspection générale des camps, d'où vont partir toutes les instructions concernant l'ensemble des KZ de l'Europe asservie. Les nazis expérimentent à Sachsenhausen les méthodes de répression qui seront ensuite appliquées partout. C'est aussi à Sachsenhausen qu'ils emmagasinent ce qu'ils récupèrent sur les victimes des KZ: l'or, les bijoux, les vêtements, etc. C'est là que se dissimulent les kommandos des services secrets des SS. C'est ici qu'est mise au point la mise en scène qui servira de prétexte à l'attaque contre la Pologne. Le 20 août 1939, des prisonniers sont extraits du KZ. Leurs cadavres, revêtus de l'uniforme de l'armée polonaise, seront abandonnés le 31 août près de la station allemande de radio de Gleiwitz, proche de la frontière. Berlin accuse un détachement de l'armée polonaise d'avoir passé la frontière pour attaquer la station de Gleiwitz, plusieurs des agresseurs ayant été tués sur place. C'est le casus belli...

C'est également le KZ de Sachsenhausen qui héberge les faux-monnayeurs de l'opération Bernhard. Deux Blocks, le 18 et le 19, sont affectés à des détenus qui travaillent jour et nuit, sous la surveillance permanente des SS, à partir de 1942. Ils ne sortent jamais, dormant et mangeant sur place. Les deux Blocks, aux vitres passées à la chaux pour dissimuler ce qui s'y passe, sont entourés et recouverts de barbelés. Il est interdit sous peine de mort de s'en approcher à moins de 50 mètres. Les déportés appellent ces bâtiments mystérieux l'" imprimerie ", car le bruit caractéristique des machines a tout de même été reconnu. Il faudra attendre l'été 1944 pour savoir que là se fabriquent faux dollars et fausses livres sterling pour alimenter la guerre secrète contre les Alliés. On évaluera à 150 millions de livres sterling le montant des seuls faux billets anglais imprimés à Sachsenhausen.

Le colonel SS Otto Skorzeny, l'auteur de l'audacieux coup de main du 16 août 1943 qui libère Mussolini, nommé chef du groupe S (Sabotage) de la Sécurité du Reich (RSHA) le 18 avril 1943, vient s'installer à Sachsenhausen peu après. Il y entraîne ses kommandos et utilise des déportés comme cobayes quand il en a besoin, notamment pour expérimenter de nouvelles balles.

LES DÉPORTÉS À SACHSENHAUSEN

Les Français à Sachsenhausen

C'est Sachsenhausen qui reçoit le premier convoi de Français déportés en Allemagne, le 25 juillet 1941. Ce convoi comprend 244 mineurs français ayant participé à la grande grève patriotique des bassins houillers du Nord et du Pas-de-Calais, 244 seulement car 26 ont été tués par les SS pendant le transport.
L'Amicale s'est, bien sûr, employée à établir le nombre de Français qui ont été détenus à Sachsenhausen, tâche difficile, car si le nombre des déportés des convois est assez bien connu, il est beaucoup plus difficile de savoir combien d'isolés sont arrivés au KZ. Les chiffres avancés vont, en général, de 6 000 à 8000.
Voici l'estimation donnée par Sachso:

« D'après les chiffres extraits des registres que nos camarades allemands ont pu récupérer dans les archives SS ayant échappé à la destruction, près de 9 000 Français y auraient été détenus. D'un autre côté, les estimations que nous venons de faire pour les principaux convois donnent une approximation de 6 500 hommes: 244 en juillet 1941, 1 600 en janvier 1943, 2 000 en fin avril et début mai 1943, 1 100 en juillet 1944, 1 250 en septembre 1944, 350 en novembre 1944. Enfin, l'Amicale, avec son propre fichier malheureusement incomplet et les documents également partiels du Service international de recherche de la Croix-Rouge à Arolsen, a recensé les noms de près de 6 500 Français ayant été détenus à Oranienbourg-Sachsenhausen et dans ses kommandos. Compte tenu des camarades des divers transports sur lesquels nous n'avons pas de renseignements, compte tenu des entrées hors convois qui ne peuvent être comptabilisées, nous estimons que 8 000 à 9 000 Français sont passés au camp. »

La vie quotidienne

Les déportés de Sachsenhausen ont connu les mêmes souffrances que ceux des autres KZ.
Dès leur arrivée, ils entrent dans un univers étrange, que décrivent les témoins de Sachso:

« Sous les faisceaux des projecteurs un spectacle hallucinant frappe l'imagination de Couradeau: " Nous sommes dans un décor fantastique, irréel, effrayant, qui jette la désespérance dans nos cœurs. Une place immense de plus de 400 mètres de périmètre; des baraquements dont les pignons s'ornent de mots en lettres gothiques; des murs flanqués de miradors d'où la sentinelle surveille, le doigt sur la gâchette; des barbelés électriques, des chevaux de frise, des panneaux significatifs agrémentés de têtes de mort et de tibias, marquant la limite à ne pas franchir sous peine de mort. " André Besson, André Franquet et bon nombre des entrants du 25 janvier 1943 s'interrogent sur la présence près de la porte d'entrée de cet homme au crâne rasé, à demi-nu, pétrifié de froid, les bras en croix avec un rutabaga dans chaque main. Ils ne peuvent imaginer qu'il va mourir, condamné pour un larcin insignifiant. »

Puis viennent l'enregistrement, la désinfection, la quarantaine et la photographie du service anthropométrique. Après la quarantaine, le déporté va partir pour son kommando de travail.

« Rythme journalier marqué par l'immuable retour de ces temps forts que sont le réveil, les appels, le travail, les retours au Block. Le tout sur une trame d'angoisse et de sourde terreur, sur un fond de cris, d'ordres, de contrordres et d'aboiements dominant plaintes et gémissements et faisant chavirer la raison.
Le réveil à 3 h 30 l'été et 4 h 30 l'hiver, signalé par le tintement de la cloche, c'est d'abord, chaque matin, la prise de conscience brutale de la réalité du camp et le début d'une longue et douloureuse journée qui porte ses menaces dès la première minute. Le préposé au dortoir entre en hurlant, tire les couvertures et manie la trique avec vigueur. Vite, vite, debout, fais ton lit au carré, sans un pli. Dix fois, vingt fois, au gré de ton tortionnaire il faudra recommencer. Vite, vite, torse nu, ta serviette sous le bras, précipite-toi au lavabo. À la porte t'attend un autre préposé, toujours avec la trique. Vite, vite, essaie de faire une vague toilette, la tête sous le robinet; à la sortie, on t'attend, courbe l'échine sous les coups qui pleuvent; vite, vite, remets tes loques, enfile tes claquettes. Vite, vite prends ta place au réfectoire, avale ton jus de gland, cet ersatz nommé café. Dévore ta portion de pain noir, nauséabond et chargé d'eau. Surtout, ne le perds pas un instant du regard, sinon il va disparaître, se volatiliser. Et c'est très long et très dur une journée sans pain. »

Puis c'est l'appel, un des calvaires du déporté.

« Très puissant, un immense projecteur s'allume au sommet du mirador de la porte d'entrée et vient découper un rond lumineux au centre de la place. Le commandant paraît. Ces bandits ont le sens, le génie du grandiose. Cette place tout illuminée, ces 20 000 détenus alignés dans un silence religieux et ce commandant qui s'avance, rigide, sanglé dans son uniforme, qui s'arrête et se dresse dans son auréole de lumière, tout comme un dieu, c'est un spectacle absolument hallucinant. Les chefs de Block rejoignent au pas de course l'allée centrale, tablettes en main, et s'alignent suivant un ordre immuable. Le commandant fait un signe; l'appel commence. Block après Block, le Rapportführer pointe sur un tableau. Une cinquantaine de Blocks, 20 000 détenus, jamais d'erreur. Le commandant se retire. En s'en allant, il emporte son soleil. Les lumières s'éteignent. »

L'appel du soir est toujours plus long. Les déportés qui sont rentrés exténués de leur longue journée de travail doivent rester au garde-à-vous jusqu'à sept heures d'affilée dans le vent, le froid, la pluie, car le climat est le même à Sachsenhausen qu'à Ravensbrück ou à Neuengamme. La nourriture est de plus en plus insuffisante. Au grand camp et dans les kommandos annexes, les rations ne varient guère dans leur insuffisance et leur médiocrité.
Alex Le Bihan, affecté à l'usine Heinkel, en donne un aperçu:

« La ration de pain oscille autour de 325 grammes. Il s'agit d'un pain chargé d'eau, lourd, à la mie compacte; s'y ajoute le casse-croûte du kommando: deux tranches de pain recouvertes d'un soupçon de margarine et d'un film de confiture rouge. Au réveil, on nous distribue un ersatz de café. En semaine, à midi, un demi-litre de soupe avec trois ou quatre pommes de terre non épluchées ou un litre de soupe sans pommes de terre. Dans le liquide nagent quelques morceaux de choux, rutabagas ou feuilles vertes, parfois du chou fermenté, avec du cumin. Quatre jours par semaine, le soir, c'est le même ersatz de café que le matin. En même temps que le pain, on perçoit un carré de margarine ou une rondelle de saucisson, à moins que ce soit une mince tranche de pâté mou et gélatineux. Les trois autres soirs, nous avons trois quarts de litre d'une soupe très claire, accompagnée de pain sec. Le dimanche midi, la soupe est plus épaisse et contient quelquefois quelques grammes de viande. Pour les affamés que nous sommes, c'est un menu sensationnel, comme l'est ce que nous appelons la " soupe blanche " avec un genre de millet légèrement sucré. A certaine époque, on voit apparaître une soupe jaune à cause de la moutarde qu'elle contient et dans laquelle nagent quelques moules de conserve. A la suite du débarquement, en automne 1944, les rations diminuent progressivement, cependant que le casse-croûte des kommandos de travail a disparu depuis longtemps. Pour se partager à dix-sept deux pains de 1 500 grammes, chaque groupe se confectionne une balance rudimentaire. Coupées, équilibrées, les rations sont ensuite tirées au sort. »

La faim, permanente, obsédante, conduit parfois au vol même les âmes les mieux trempées.

« Combien en ai-je vus de ces camarades avec lesquels j'avais vécu des heures atroces à Compiègne, lors de ces redoutables rendez-vous avec la mort, le vendredi, jour où l'on venait chercher les otages à fusiller, avec lesquels j'avais connu ce transport vers Sachsenhausen, puis la quarantaine, et qui, dans le camp, parce que la faim les torturait, se sont dégradés, ont sombré dans la servilité. Et pourtant ils auraient affronté courageusement le peloton d'exécution... »

Les rares colis, quand ils arrivent, sont pillés à tous les niveaux de la hiérarchie SS et par les kapos. Ce qui reste est souvent partagé fraternellement par les déportés.
À la faim et à la fatigue s'ajoute la violence des SS et des kapos. Brimades et brutalités sont incessantes: gifles, coups, privations de nourriture, piquet - à la porte du Block, station à croupetons sur le haut des placards, etc. Quant à la vermine, elle est omniprésente, dans chaque Block, dans chaque lit, dans chaque vêtement.
À Sachsenhausen, les Français sont mal vus par les autres déportés, qui jugent sévèrement notre pays.

« Les Tchèques et les Polonais qui avaient naguère confiance en la France, leur alliée, se sont sentis abandonnés et trahis en septembre 1939 avec la " drôle de guerre ". Les Russes jugent sans complaisance la France qui s'est, estiment-ils, retournée contre eux dans l'été 1939 et voulait les faire se battre seuls contre l'Allemagne. Jusqu'aux républicains espagnols, dont certains ne cachent pas leur ressentiment en rappelant qu'avant d'aboutir à Sachsenhausen, c'est chez nous qu'ils ont connu leurs premiers camps après une défaite que la France n'avait rien fait pour leur éviter. Ainsi notre pays est-il considéré par beaucoup comme le pays de la lâcheté et de la trahison. Cette appréciation, chaque jour entendue, est une grande souffrance morale pour les Français. »

Comme ailleurs, les nazis ont créé dans le KZ un orchestre de trente à quarante détenus qui joue, selon les cas, des concerts symphoniques pour les SS ou des marches de fanfare pour la rentrée des effectifs, la capture d'un évadé, la pendaison d'un condamné. Trois Français font partie de l'orchestre, trois instrumentistes de grand talent: le violoncelliste Marcel Soubeirat, le trompettiste Robert Teurquety et le clarinettiste Georges Denis.

Pendant les rares répits, les déportés s'efforcent de s'informer sur la situation militaire (mais les fausses nouvelles sont plus nombreuses que les vraies), de lire (mais peu de livres ont échappé aux fouilles), d'apprendre l'allemand ou le russe, etc. Le dimanche après-midi, durant la pause hebdomadaire de principe, les Français se retrouvent entre eux pour évoquer le pays et chanter les vieux airs de chez nous. Au cours du dur hiver 1944-1945, les Français de la fonderie Klinker reprennent, par défi, dans le vacarme et la poussière de l'usine, les refrains des chansons de France.

Le travail

Les kommandos de Sachsenhausen travaillent à l'intérieur et à proximité du KZ, mais aussi très loin du camp central. Il y a plus de 100 kommandos extérieurs.

Les kommandos de Sachsenhausen

Les corvées, à Sachsenhausen, sont identiques à celles des autres KZ et elles s'effectuent dans des conditions tout aussi pénibles. Mais la plus grande partie des déportés est utilisée à des fins industrielles, dans de nombreuses entreprises KWA. Les 2 100 déportés des Ateliers de recherches techniques automobiles et d'études mécaniques (KWA) n'ont que 500 mètres à franchir pour gagner leurs ateliers près de la caserne des SS, en face du camp. On y construit des camions à chenilles et on y répare des véhicules automobiles et des chars de combat; on y effectue des travaux de fonderie, tôlerie, carrosserie, mécanique, menuiserie. Cette usine appartient à l'administration SS. Elle est en mesure de mener à terme l'étude et la sortie d'un prototype de véhicule militaire. Les déportés employés sont en priorité des spécialistes, qui sont moins mal traités que dans les autres kommandos.

Daw

La menuiserie DAW est également proche du camp. Là 1 700 déportés travaillent jour et nuit.

Bekleidungswerke et Schuhfabrik

800 déportés, répartis en deux kommandos, travaillent dans les imposants bâtiments qui se succèdent jusqu'à la pointe nord du camp. Leur tâche est de trier et de récupérer les vêtements et les chaussures des victimes exterminées dans les chambres à gaz et crématoires de Sachsenhausen et des autres KZ, en recherchant soigneusement l'argent et les bijoux. Tous les objets: chaussures, sacs à main, serviettes, etc., sont démontés pour la récupération du cuir, des peaux, etc. Les prisonniers, très étroitement surveillés par SS, kapos et mouchards, sont fouillés méticuleusement chaque matin et chaque soir.

Le Kommando Speer

« Accolé au kommando Klinker, dont les hommes travaillent et logent sur place dans un petit camp annexe, Speer est un vaste chantier de récupération de matériaux de toutes sortes, une gigantesque foire à la ferraille, qui doit contribuer à fournir au Reich des matières premières que la guerre rend de plus en plus rares. 2 000 détenus y travaillent pour le plus grand profit de l'un des dignitaires du IIIe Reich, Albert Speer, ministre de l'Armement.
Rien qu'au dépiautage de câbles téléphoniques et électriques hors d'usage, 300 détenus récupèrent en deux mois, selon des statistiques retrouvées pour septembre et octobre 1942, 476 tonnes de matériel: 112 tonnes de cuivre, 321 tonnes de plomb, 415 kilos de papier d'étain, 1600 kilos de gutta-percha, etc. De l'Europe pillée, de l'Allemagne bombardée, péniches et wagons apportent au kommando Speer des débris d'avions, des tôles de bateaux, des carcasses de voitures, des monceaux de fils gainés dans des conduites de plomb, du matériel de guerre réformé, des moteurs, projecteurs, postes de radio, etc. D'autres péniches, d'autres wagons remportent les éléments décortiqués, triés, classés, vers des usines aux fins de retraitement et de transformation. C'est dire qu'à Speer les durs travaux de manutention dominent, et que la réputation du kommando est aussi mauvaise que celle de son voisin Klinker. Il y a cependant une différence entre les deux: si Klinker est devenu un petit camp avec ses Blocks et son organisation propre, Speer demeure un kommando extérieur dont les hommes rejoignent chaque soir le grand camp. Avec le trajet du matin, cela fait 6 kilomètres par jour au pas cadencé. Le soir, le retour est aggravé par une corvée particulière imposée aux détenus du kommando Speer. Après la journée déjà pénible, nos peines ne prennent pas fin en quittant Speer. Au passage, devant la briqueterie de Klinker, à grands coups de gummi pour précipiter le mouvement, nous devons prendre une brique sous chaque bras. Cela peut apparaître comme n'étant pas excessif. Mais après une journée harassante, marcher pendant 3 kilomètres sans pouvoir s'aider du balancement naturel des bras devient vite très pénible. Malheur en plus à celui qui a la dysenterie ou envie d'uriner. Il faut se soulager en marchant, car il est interdit de s'arrêter et de poser ses briques. On ne peut s'en débarrasser qu'à l'arrivée. Près de 4 000 briques sont ainsi rapportées chaque soir: économie, pour les SS, d'un transport par camion. »

Parmi les objets démontés, certains sont très dangereux, les mines magnétiques par exemple. Les explosions et accidents de tous ordres sont très nombreux. Ce kommando reste un des plus meurtriers de Sachsenhausen. Le 10 avril 1945, Speer et Klinker seront complètement détruits par un bombardement aérien.

Le Waldkommando

Au nord du KZ s'étend, sur 2,5 kilomètres, une épaisse forêt de pins. A l'abri de ce camouflage naturel, les SS ont installé des dépôts et des ateliers militaires répartis sur quatre grands secteurs, desservis chacun par un embranchement ferroviaire de la ligne Berlin-Stralsund : le Waffenamt Wald, le Kraftfahrzeugdepot Wald, le Hauptzeugamt Wald et le Nachrichtenzeugamt Wald.

Le Waffenamt Wald a le plus important effectif du Waldkommando: 760 détenus. Ils sont chargés de fabriquer l'arme antichar allemande, le Panzerfaust, arme aussitôt essayée dans un terrain d'exercice installé dans le bois.

Le Kraftfahrzeugdepot Wald est un vaste parc de réparations automobiles situé au centre de la forêt, avec des aires de stationnement, quatre ateliers, des dépôts d'essence, d'huile, de pneus et de pièces détachées. 700 détenus y réceptionnent et y réparent des milliers de véhicules endommagés que des trains entiers déchargent et qui proviennent des différents pays de l'Europe occupée: automobiles, ambulances, camions, chars, etc.

Le Hauptzeugamt Wald est un arsenal des SS. 500 déportés y travaillent. Des tranchées, des réseaux de barbelés, des pièges antichars l'entourent et en font une forteresse dans la forteresse. Des pièces d'artillerie pointent sous des bâches. Les baraquements regorgent d'armes et de matériels en tous genres: des compresseurs aux canots pneumatiques.

Le Nachrichtenzeugamt: c'est là que sont formés les convois qui partent pour le front. 360 détenus constituent ce kommando.

Quelques kommandos du Wald ne travaillent pas dans des kommandos des SS. Les 200 déportés de l'Ersatzkommando creusent de grandes fosses dans le sol. Les 120 du Waldlager défrichent de nouveaux espaces dans la forêt pour agrandir les parcs de véhicules à réparer. Le Hundezwinger est le centre qui fournit les chiens aux autres KZ, à la Gestapo et aux services spéciaux. C'est là qu'est l'école où se forment leurs maîtres SS. Une soixantaine de détenus soignent et nettoient les 2 000 chiens-loups. Ce kommando est recherché, comme celui qui s'occupe du potager des SS, car la discipline y est moins rigoureuse.

Les kommandos extérieurs

Plus de cent kommandos extérieurs sont rattachés au camp central.

L'Usine-Camp Heinkel

Heinkel est le plus important des kommandos extérieurs et emploie en permanence 6 000 à 7 000 détenus. C'est là que sont les plus forts contingents de Français. Heinkel est le cas type de l'usine-camp de concentration.

« Ici, l'usine et le camp ne font qu'un. Les barbelés électrifiés, les miradors ceinturent un vaste espace boisé où alternent les Blocks de déportés et les halls de fabrication du constructeur d'avions Ernst Heinkel. La mortalité est très grande parmi les Français. L'hiver 1942-1943, très rigoureux, et les longues stations sur la place d'appel battue par un vent glacial, les rations insuffisantes de rutabagas, de pommes de terre et de pain noir, les fatigues du travail forcé, la répression dans les halls et dans les Blocks déciment les rangs. Quand, en mai 1943, une grande partie de la seconde vague des déportés venant de Compiègne arrive à son tour à Heinkel, la moitié de ceux qui sont là depuis février a été exterminée. »

Sachso précise:

« Sur un état des détenus au camp de travail Heinkel dressé par les Allemands eux-mêmes le 13 février 1945, on ne relève les noms que de 979 Français. Mais en février 1943, ils sont déjà plus d'un millier, si bien qu'avec les pertes très lourdes du début, les apports et les départs qui se sont succédé en deux ans, on peut estimer à quelque 3000 le nombre total des Français passés à Heinkel. »

1500 civils allemands encadrent les détenus. Des prisonniers de guerre travaillent dans les ateliers jusqu'en mai 1943. Ils sont très soigneusement séparés des déportés.

Falkensee

La création de ce kommando est décidée en janvier 1943 pour fournir de la main-d'œuvre aux usines Demag, appartenant au groupe industriel Hermann-Goering et fabriquant à Falkensee du matériel ferroviaire, des chars de combat Tigre, des obus, des pièces détachées pour diverses catégories d'armements (affûts de mitrailleuses, engins Panzerfaust antichars, etc.). Ces usines sont d'immenses bâtisses en briques rouges, recouvertes de filets de camouflage, situées à 25 kilomètres à l'ouest de Berlin. 300 déportés français vont édifier un camp pour les travailleurs à 400 mètres de l'usine. Ils sont cantonnés à Staaken, à 3 kilomètres au sud de Falkensee et y connaissent des conditions épouvantables.

« Ce Block est terrible et nous y vivons comme des bêtes, avec pour chef un criminel allemand condamné pour meurtre. Nous couchons à même le sol de béton, sur de minces sacs remplis de copeaux. La couverture, pleine d'excréments séchés, est écœurante. Le soir au coucher et surtout le matin au réveil, il faut marcher les uns sur les autres. La nuit, on étouffe; il n'y a ni fenêtre, ni aération. »

Si bien que sur les 300 Français arrivés à Staaken le 10 mai 1943, il n'en restera plus que 180 le 10 juillet 1943 quand le camp est installé: 120 hommes sont morts, soit les deux cinquièmes de l'effectif. Le camp destiné aux travailleurs se présente alors comme un ensemble de 14 Blocks en dur, alignés sur deux rangées perpendiculaires à une allée centrale. Ces Blocks occupent la moitié de la superficie du camp, l'autre moitié étant réservée à la place d'appel, flanquée à droite de l'entrée par le bâtiment de la Schreibstube, à gauche par les cuisines, les douches et le poste de transformation du courant électrique. Ce camp est entouré d'une double enceinte de barbelés électrifiés qui court entre quatre miradors d'angle.
En deux ans, plus de 900 Français sont dénombrés dans ce camp annexe de Falkensee, de mai 1943 à avril 1945, sur un effectif qui a varié entre 1 500 et 2 500 hommes.

Klinker

Tout proche du KZ, de l'autre côté du canal de la Havel, est construite l'immense bâtisse de l'usine Klinker. C'était d'abord une briqueterie édifiée en 1938 par un kommando disciplinaire. C'est le 28 avril 1941 que Klinker devient définitivement un petit camp à l'ombre du grand. Il compte alors 1 500 hommes. Il en aura 3 500 à partir de 1943.
Depuis 1942, la briqueterie n'occupe plus que le quart des vastes bâtiments de 850 mètres sur 500: tout le reste est affecté à l'industrie de guerre et notamment à la fabrication des Panzerfaust.

« La première travée est l'atelier d'usinage des grenades. Quatre chaînes sont prévues, mais deux seulement fonctionnent en 1944 avec de nombreuses machines, des tours Maserati, notamment, provenant du pillage des usines de l'Italie du Nord, après le 25 juillet 1943 et la chute de Mussolini. À droite ce sont les chambres de séchage des briques, sortes de longs couloirs de deux mètres de large et 2,5 mètres de haut, dans lesquels stationnent encore de rares wagonnets de briques crues. Au centre, un grand hall, avec un pont roulant, sert d'aire d'attente et de stockage. À gauche, les fours de cuisson des briques utilisés aussi pour la recuite des grenades sont alimentés deux par deux par un générateur de chaleur Deutz, espèce de haut fourneau vertical tournant lentement sur son axe. La surveillance du travail est assurée par des contremaîtres civils allemands, reconnaissables à leur brassard noir frappé des lettres gothiques blanches DEST. »

Les conditions de vie sont difficiles, surtout pour les détenus affectés à la briqueterie, et dépendent du bon vouloir des SS.
Le bombardement du 10 avril 1945 qui pulvérise l'usine tue des centaines de détenus, dont un grand nombre de Français.

Le Schwarzkommando

D'abord installé dans le camp annexe de Klinker, puis transféré vers le milieu de 1944 dans celui de Heinkel, le Schwarzkommando est redouté par tous les détenus. Tziganes et personnes âgées le composent en grande partie. Ces déportés sont condamnés à désagréger à la main des batteries électriques et de grosses piles sèches hors d'usage pour en retirer le cuivre, le zinc, le charbon. La poudre noire du dépolarisant des piles, le bioxyde de manganèse, s'incruste dans la peau. Ce sont les " hommes en noir " qui donnent leur nom au Schwarzkommando (le kommando noir).
Sachso rapporte le témoignage d'un déporté affecté à ce kommando.

« Nous respirons un air chargé de poussière de charbon, imprégné d'acide, qui ne tarde pas à mettre les poumons dans un état lamentable. Aucun tablier protecteur, pas de gants. Au bout d'une semaine, la peau des doigts est complètement brûlée par l'acide qui s'échappe des batteries. La moindre écorchure s'infecte et devient furoncle ou phlegmon. Nos effets s'en vont en lambeaux et la crasse noire qui nous défigure ne part légèrement qu'avec du sable. Après trois mois, je suis méconnaissable. »

Seuls un moral d'acier et des ressources physiques exceptionnelles permettent de survivre dans ce kommando. Parmi les autres kommandos figurent Berlin-Lichterfeld (1 500 détenus déblaient les ruines résultant des bombardements), IG Farben (8 000 détenus), Spandau (1 100), Siemens (1 400), Daimler-Benz (automobiles), Peenemünde (travaux de terrassement pour le Centre expérimental de mise au point des V1 et V2), construction à Bad-Saarow, à 50 kilomètres à l'est de Berlin, d'un vaste GQG pour servir de lieu de repli au haut état-major et à A. Hitler, etc.

Le kommandos de Femmes

Des femmes déportées, et parmi elles des Françaises, sont immatriculées au camp des hommes de Sachsenhausen pendant la dernière année de la guerre. C'est au printemps de 1944 que, pour les besoins croissants des usines d'armement de la région berlinoise, les nazis font appel à des détenues provenant du camp de Ravensbrück. Elles sont isolées dans des kommandos extérieurs, qui sont autant de petits camps à part près des usines où elles sont condamnées à travailler. Dans ces kommandos, l'organisation particulière des camps de femmes est maintenue avec les surveillantes SS (les Aufseherinnen) et les détenues chefs de Blocks (les Blokowas). Les Françaises sont surtout nombreuses dans les usines Siemens et Auer.
Les exactions sont les mêmes qu'à Ravensbrück. À Auer,

« ... les punitions collectives pleuvent. Pour un lit mal fait, des WC sales, la soupe de midi est supprimée. On nous rebat les oreilles avec la propreté, l'hygiène, mais dans chaque Block il n'y a qu'une douzaine de robinets pour deux cent quarante femmes et l'eau ne coule qu'une heure par jour. »

Il n'y a qu'une quinzaine de kommandos de femmes, tous rattachés administrativement au camp central de Sachsenhausen. L'ensemble des kommandos réunit un effectif de 10 000 femmes environ au début de 1945. Les principaux sont: la fabrique de masques à gaz Auer d'Oranienburg (2 000 femmes), Siemens (1 000 femmes à Berlin-Haselhorst), Daimler-Benz (1 100 femmes à Berlin Genshagen), AEG (700 femmes à Berlin-Oberspree), Arado (1 200 femmes à Wittenberg), Krupp (500 femmes à Berlin-Neukölln), les usines de Berlin-Spandau (1 100 femmes), Argus (800 femmes à Berlin-Schönholz), Dynamit-AG (500 femmes à Glöwen), etc.

Liste des kommandos

Bad Saarow - Baubrigade I, II, III, IV, V, VI, VII, VIII, IX, X, XI & XII - Beerfelde - Berga - Berlin (sous-kommandos de Berlin : Babelsberg - Falkensee - Helensee - Hennigsdorf - Koepenig - Lichterfelde - Lichtenrade - Reinickendorf - Siemens Stadt - Tegel - Wilmersdorf) - Biesenthal - Bornicke - Brandenburg/havel - Dammsmuhle Schonwalde - Debno Neudamm - Doberitz - Drogen Niedorf - Falkenhagen Furstenwalde - Falkensee - Frieoythe/Kloppenburg - Heinkel - Genshagen - Glau Trebbin - Gross Rosen - Hohenlychen - Karlsruhe - Klinker - Kl. machnow - Kolpin - Konigswusterhause - Küstrin - Lieberose - Lubben - Muggelheim - Neubrandenburg - Neustrelitz - Niederhagen - Oranienburg - Politz - Prettin - Rathenow - Ravensbrück (until 1939) - Riga - Senftenberg/Schwarzweide - Storkow - Stuttgart - Treuenbrietzen - Werde - Wittenberg. Sachsenhausen Suite .....